Comme la quasi-totalité des messies et prophètes avant lui, il a commencé par faire des révélations. Il a dit des choses nouvelles, qui n’ont laissé personne indifférent. Ses propos ont fait des adhérents, des curieux et des farouches détracteurs.

A l’instar de ses prédécesseurs, ses initiatives furent de lui la cible de persécution. N’est-ce pas que nombre d’apôtres du changement ont dû se sacrifier pour leur cause ?

Celui qui voulait contribuer à faire la lumière au sujet de l’assassinat des trois religieuses Italiennes survenu en septembre 2014 au Burundi s’est très vite retrouvé lui-même accusé de « complicité d’assassinat, violation du secret de l’instruction, etc… ». Le monde à l’envers.

Bob Rugurika ; c’est de lui qu’il s’agit, est le Directeur de la Radio Publique Africaine. La plupart d’entre nous, loin du quotidien du Burundi ne l’ont découvert que lorsque les reportages diffusés par sa radio prenaient le contre-pied de l’enquête officielle relative à ce triple homicide. En fait la RPA a diffusé les aveux d’un homme se présentant comme l’un des acteurs de cet assassinat, et dont les témoignages mettent en cause de hauts responsables des services secrets Burundais. Il n’en fallait pas plus pour que les autorités Burundaises fassent appelle à leurs appareils répressifs : Bob Rugurika est incarcéré le 20 janvier 2015. Au lieu d’explorer sérieusement les pistes fournies par cette source, ils ont décidé de la faire taire. Comme si casser son thermomètre suffirait pour faire baisser la température du malade.

Nombre de dirigeants sous nos tropiques n’ont pas encore compris que le temps où le bâton seul pouvait sauver un pouvoir est révolu. Sans justice, et ni transparence, tout régime court inexorablement vers s sa chute ; ce n’est qu’une question de temps. Dès lors la mobilisation pour la libération de Rugurika ne faisait que grandir. Tous se sont érigés en avocat de Rugurika pour dénoncer cette Nième dérive. Au point où la prison de Muramvya (située à 50 km à l’est de Bujumbura) où il était détenu devint un lieu de pèlerinage. Des dizaines de personnes s’y rendant chaque jour pour disent-ils soutenir Rugurika. Des signaux vite compris par les autorités, puisqu’après quelques tergiversations, ceux-ci lui ont accordé la liberté sous caution le 19 février 2015, suite à une décision rendue la veille par la cour d’appel. Dès le jour même de cette décision, le ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana interdisait toute manifestation dans une mise en garde très ferme. Peine perdue. Car malgré les instructions laissées aux forces de l’ordre, celles-ci ont très tôt été débordées par l’ampleur de la mobilisation citoyenne. Ce sont des dizaines de milliers de personnes – enfants, femmes, hommes, chômeurs, et des fonctionnaires – qui prirent d’assaut les rues de Bujumbura. L’unanimité des commentaires voudrait que ce rassemblement spontané soit une grande première dans le Burundi indépendant. Comme touché par « l’esprit » prôné par un messie, ces populations sorties massivement se sentaient comme débarrasser des liens qui les assujettissaient depuis des décennies. Nous avons pu lire et entendre des commentaires enthousiastes, peut-être un peu trop enthousiaste même. Mais exprimant tous leur dépit pour le système et leur espérance pour un changement profond. Comme quoi il ne faut pas grand-chose à un peuple opprimé pour rompre ses chaînes. C’est en ce sens que Bob Rugurika peut s’apparenter à un porteur de bonnes nouvelles, un catalyseur d’espérances et de changement : un messie. Celui qui conduira le peuple Burundais vers sa terre promise, ou qui contribuera à le mettre sur cette voie. C’est une Nième preuve si besoin l’était encore qu’il n’y pas d’alternative à l’impératif d’un leadership vrai et constructif.

Cela dit, Bob Rugurika sera-t-il le messie des Burundais pour la restauration de la démocratie et des valeurs républicaines ? De l’image à la réalité, le fossé peut s’avérer colossal. Surtout dans l’impitoyable et imprévisible jungle politique. Quoiqu’il en soit je parie qu’il y a déjà réfléchis. Mais ma foi le plus important est ailleurs ; et il ne faut point perdre de vue l’essentiel. L’essentiel ici réside dans la capacité du peuple Burundais à capitaliser sur cette dynamique de veille pour se faire entendre et respecter. Car de toute évidence les chantiers pour le rayonnement d’un Etat de droit sont nombreux et vastes. C’est dire que la partie ne fait que commencer ; à vos marques !!!

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tawakkal
De nationalité ivoirienne, je réponds au nom de Tawakkal DIAKITE. Je suis passionné de l'art du leadership. Plus d'infos dans la rubrique "A propos de moi" dans mon blog.

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