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Jeune, jeune-vieux ou vieux-jeune : Quand la limite d’âge fait débat

J’ai passé ce week-end à plancher avec des camarades sur les textes de notre confédération « Jeunesses Sans Frontières ». C’était au cours de la Pré-Assemblée de cette structure. Car son Assemblée Générale prévu le 07 Décembre prochain doit consacrer  en autres le toilettage de ses textes. Alors qu’on s’y attendait le moins, cette occasion à  réveiller un débat d’actualité sous nos tropiques : jeune, jeune-vieux ou vieux-jeune.

Au nombre des articles étudiés par le Comité chargé du toilettage des textes, figure celui-ci : « Pour être membre de JSF, il faut être âgé de 18 ans au moins, pas d’âge limite. Cependant pour être Président de l’association ou Président d’une coordination communale, il faut être âgé de 33 ans maximum, au moment de l’élection. ». En ma qualité de président de séance de cette Pré-Assemblée, je ne m’attendais pas à ce que ce point suscite des débats. Mais je faisais erreur, car celui a été l’objet des échanges les plus animés. En effet la proposition du Comité a été guidée par le fait qu’il faille laisser de la place pour les Hommes de tout âge, tant qu’ils sont majeurs et disposent de leurs facultés humaines. En ce sens que toutes organisations à besoin de la ressource adulte. Cependant quant aux premiers responsables de la structure, ils devraient restés dans la tranche d’âge des jeunes, c’est-à-dire 35 ans au maximum.

Pour une partie de l’assemblée, cette mesure devrait être révisée car très radicale. Quoiqu’ils ne soient pas opposés à la notion de limite d’âge, ceux-ci estimaient que jusqu’à 40 ans les Ivoiriens étaient encore jeunes, beaucoup sont encore sur les bancs de l’université à cet âge. Les arguments se suivaient et étaient soutenus par des illustrations. Relatant les propos d’un employé de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire, qu’il a rencontré en 2009 pour une demande de visa, l’un des participants lança : « En général jusqu’à 40 ans l’Africain n’est pas encore mature, il raisonne et se comporte encore comme un gamin… il ne faut donc pas se baser sur les standards internationaux, mais tenir compte de nos réalités spécifiques. ». Cette réactions suscita de vives réactions appelant à dire non à l’injure ainsi faite aux Africains, eux qui jusqu’à 40 ans réfléchiraient et se comporteraient comme des gamins. Au-delà de ces réactions aux extrêmes, d’autres plus conciliantes se faisaient entendre. Notamment celles faisant valoir le fait que nous jeunes, devions donner l’exemple en nous conformant aux normes régissant la jeunesse. A la suite d’une demi-heure de débat, cet article a été amendé puis adopté comme suit : « Pour être membre de JSF, il faut être âgé de 18 ans au moins, pas d’âge limite. Cependant pour être Président de l’association ou Président d’une coordination communale, il faut être âgé de 35 ans maximum, au moment de l’élection. ». Cette formulation a calmé les ardeurs des uns et des autres, et les débats ont pu se poursuivent dans la sérénité. Mais pour tous ceux qui suivent l’actualité Ivoirienne, ce débat rappelle un épisode récent de notre histoire : le débat des vieux-jeune et jeune-vieux qui a éclata au PDCI. Certains participants à notre Pré-Assemblée n’ont d’ailleurs pas manqué de rappeler cela avec un certain humour.

On se souvient encore en effet des partisans et adversaires du Président Henri Konan BEDIE, s’empoignant sur la question de la limite d’âge pour être Président du PDCI. Les premiers trouvaient que les 79 ans du Président sortant n’était pas un obstacle, mais plutôt un atout dans la redynamisation du parti ; tandis que les derniers évoquaient avec insistance les textes du parti qui fixe la limite d’âge à 75 ans. Le congrès a finalement adopté la levée de la limite d’âge avant l’élection, et le Président BEDIE a été reconduit à la tête du PDCI avec un score  de 93,29% des suffrages. Toutefois ce score à la soviétique ne doit pas voiler le débat de fond sur cette question de la limite d’âge ; celui de l’impérieux renouvellement de génération. Car si personne ne remet en cause la nécessité d’un passage de flambeau entre les vieilles et les jeunes générations, les moyens pour y arriver sont très souvent opposés selon les intérêts qui sont en jeu. Pour ma part sans  m’étaler pour l’instant sur ce débat de fond, j’estime qu’il faut agir avec sagesse, c’est-à-dire la compréhension de la nécessité de relais, de la circulation des élites qui est vitale pour tout changement et progrès sociétaux, et donc de la notion de temps et de sa délimitation dans l’exercice du pouvoir ainsi que de sa transmission intergénérationnelle.


Devenez un grand leader : Préface

Lorsque j’ai vu pour la première fois « Devenez un grand leader », je suis revenu sur mes pas pour bien l’observer. J’ai marqué un arrêt prolongé pour le palper, le parcourir, puis l’acheter. En effet il s’agit d’un livre que j’ai découvert dans le rayon d’une grande librairie de la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Aussitôt je me suis procuré ce livre, que je me suis mis à parcourir ses différents chapitres. Je l’ai lu et relu. Et dans certaines situations je continue de me référer encore à certains chapitres, car ce livre a quelque chose de différent des autres.
« Devenez un grand leader » est un livre de Steven B. Sample, un technologue passionné d’art et de lettres et un excellent praticien du leadership. Commençons par le commencement : la préface. Celle-ci a été l’œuvre d’un autre praticien chevronné du leadership : Warren Bennis. Ce dernier s’interrogeant sur le compte de l’auteur s’exprime en ces termes : « Qu’à-t-il apporté de plus à la littérature existante sur le leadership ? » et il y répond : « Un éclairage direct et sans concession sur les aspects les plus pénibles du métier de leader, ces décisions torturantes qui ont si souvent empêché les plus illustres dirigeants comme les plus obscurs de trouver le sommeil. » A mon avis, il ne pouvait pas avoir meilleur préface que celle faite par Warren Bennis. Car il place l’auteur et son œuvre si bien dans le contexte du titre, que l’on y est déjà captivée. Il dit en occurrence : « Devenez un grand leader est un ouvrage unique, d’une rare sincérité, d’une lucidité implacable et d’une grande valeur morale. Les idées et les enseignements qu’il propose sont davantage destinés à soulever des questions qu’à offrir des réponses simples. Et à une époque où beaucoup aimeraient croire que les bonnes intentions suffisent pour réussir, ce livre nous rappelle que le véritable leadership est une vocation exigeante pour laquelle les futurs leaders doivent mobiliser ce qu’ils ont de meilleur et de plus fort en eux. »
J’ai personnellement trouvé l’approche de cette œuvre très pragmatique, un concept que je partage totalement. Steven nous y enseigne les piliers pour devenir un grand leader, tout en laissant à chacun une liberté de compréhension et d’action. C’est pourquoi Bennis poursuivant toujours dans sa préface dit ceci : « A tous ceux qui rêvent d’un leadership idyllique capable de rassembler les organisations et les hommes et de leur promettre un avenir clément, sans contrainte ni souffrance, Steven répond d’un ton convaincant que les victimes sont parfois inévitables et qu’un grand leader doit être prêt à payer le prix de son idéal ou de ses décisions audacieuses. Les leçons qu’il nous donne s’adressent à tout le monde : elles sont vivantes, presque évidentes, et nous incitent à réfléchir sur les choses et sur nous-mêmes. » Pour clore cette préface, Warren Bennis formule ce vœu à l’égard des lecteurs de ce livre : « Puisse son contenu vous déstabiliser positivement et vous procurer un plaisir immense au fil des pages. »

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Je ne sais pas si ce vœu s’exaucera pour vous, mais moi j’ai appris beaucoup de ce livre. Car il bouscule assez d’idées reçues. Je l’ai lu et relu avec beaucoup de plaisir, si bien que dans mes prochaines publications de cette rubrique je vous ferai le résumé des grands axes.

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Quand les USA se préoccupent du leadership en Afrique

Le leadership en Afrique figure en bonne place parmi les préoccupations des autorités américaines. Si bien que le Président Barack Obama a initié le programme Young African Leadership Initiative (YALI) ou initiative en faveur des jeunes leaders africains. Ce programme qui commence en 2014 vise à apporter un appui aux jeunes leaders africains et veut contribuer à la croissance et à la prospérité, tout en consolidant la gouvernance démocratique, la paix et la sécurité en Afrique.

De façon pratique il s’agira de :
• Investir dans une nouvelle génération de jeunes leaders africains qui façonnent l’avenir du continent ;
• Répondre à la forte demande des jeunes leaders africains pour accroître leurs compétences pratiques dans les domaines des services publics et la gestion des entreprises ;
• Approfondir les partenariats et les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique ;
• Construire un réseau prestigieux de jeunes leaders africains qui sont à la pointe du changement et de l’innovation dans leurs secteurs respectifs.

Dans le cadre du lancement de ce programme, l’Ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire a organisé une rencontre d’information en collaboration avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire. Cette cérémonie conduite par Mme Angèle GNAHO, chargée des programmes d’échanges éducatifs et culturels à l’Ambassade des États-Unis. Selon cette dernière, le programme YALI invite chaque année plus de 500 jeunes leaders aux États-Unis dans les meilleures universités américaines pour développer leurs talents en leadership. « Le programme Yali est le programme du Président Barack Obama. Il permet aussi de créer des opportunités uniques pour ces boursiers afin d’utiliser ces nouvelles compétences pour propulser la croissance économique et la prospérité, renforcer les institutions démocratiques du continent », a-t-elle déclaré.
Elle a par ailleurs donné l’information selon laquelle ce programme comportera quatre volets essentiels. Il s’agira d’un séminaire de six semaines sur le leadership organisé pendant l’été dans une université américaine, un sommet présidentiel qui réunira tous les participants présents à Washington, des stages pratiques offerts à 100 des 500 boursiers qui participeront au séminaire de six semaines sur le leadership aux Etats-Unis. Il y aura également des activités de suivi sur le continent africain pour les boursiers à leur retour dans leur pays. Ces activités comporteront des opportunités de réseautage, des stages, des petites subventions octroyées et d’autres activités pour aider les jeunes leaders à poursuivre leur carrière et à maintenir des liens étroits avec les Etats-Unis. Pour finir, Mme Angèle Gnaho a promis que le partenaire chargé de la mise en place du programme à Washington postera le formulaire de demande en ligne à partir du mois de décembre 2013. Les jeunes leaders et jeunes exerçant dans le privé ont suivi cette rencontre avec beaucoup d’intérêts et se disent impatients de tenter leur chance à ce programme.

Ce programme est une initiative salutaire. Il faut en effet investir dans l’éclosion de nouveaux leaders, afin de permettre le changement véritable sous nos tropiques. Cependant c’est curieux que ce soit les Etats-Unis qui se préoccupent de l’émergence de nouveaux leaders en Afrique, tandis que nos organisations panafricaines, et nos dirigeants semblent ne point s’en soucier outre mesure. Vivement que ce programme suscite la prise de conscience des jeunes et des autorités sur l’urgence de la promotion de nouveaux leaders, afin de mettre l’Afrique a fort potentiel sur les rails du développement.


Journée nationale de la paix en Côte d’Ivoire : bilan et perspectives

En Côte d’Ivoire, le 15 novembre est déclaré « Journée nationale de la paix ». Et ce depuis le décret du N° 96-205 du 7 mars 1996, déterminant la liste et le régime des jours fériés. En plus donc du 21 septembre où l’on célèbre la journée mondiale de la paix, la Côte d’Ivoire a choisi un jour pour la célébration nationale de la paix.  La commémoration de cette journée est censée permettre à chaque Ivoirien de marquer une pause dans sa vie pour faire le bilan de ses rapports à autrui, au sein de sa famille, avec ses voisins, dans sa communauté, ou sur son lieu de travail, etc. Cette journée est l’occasion favorable pour une interrogation profonde : qu’a-t-on fait individuellement et collectivement pour apporter sa contribution à la promotion de la paix ? C’est donc un moment privilégié pour tout observateur, acteur politique ou non, de jeter un regard critique mais objectif sur l’état de la paix en soi et autour de soi. Et pour les organisations de faire le bilan et présenté les perspectives de leur actions pour la paix ; en occurrence les déclarations du Programme National de Cohésion Social et de Jeunesses Sans Frontières.

Comment peut-on définir ou appréhender la paix ?

Selon Wikipédia, la paix (du latin pax) désigne habituellement un état de calme ou de tranquillité comme une absence de perturbation, d’agitation ou de conflit. Elle est parfois considérée comme un idéal social et politique.

Mais la paix va au-delà de l’absence de conflit. Elle est une adhésion profonde de l’être humain aux principes de liberté, de justice, d’égalité et de solidarité entre tous les êtres humains. Elle est le lien qui  unit harmonieusement les sociétés entre elles et avec leurs environnements. La paix est le socle de la légitimité d’un Etat. C’est dans ce sens que ses propos du père de la nation SEM Félix Houphouët BOIGNY, prennent tout leur sens : « La paix, ce n’est pas un vain mot, c’est un comportement. » Mais en dépit de l’exemple du père fondateur, la Côte d’Ivoire n’a pas su entretenir cette paix. Le pays est passé par des évènements douloureux, qui ont mis en mal la paix et la cohésion sociale. Comment en sommes-nous arrivés à ce stade ?

Pour y répondre je partagerai avec vous une analyse relative à l’action des différents présidents pour la paix. Cette analyse paru dans la presse Ivoirienne le 12 septembre 2011, est celle du M. Alain Cocauthrey, Ancien Ministre.

QUELLE CONTRIBUTION CHAQUE DIRIGEANT A-T-IL APPORTÉ A LA
PROMOTION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE ?

1° Félix Houphouët-Boigny, la paix et le développement

Le règne de Félix Houphouët-Boigny est marqué incontestablement par son
enseignement appliqué de l’école de la vie dominé notamment par la liberté, le don
de soi, la juste appréciation des réalités, le respect de la vie et de la dignité humaine,
l’amour du prochain, la fraternité, la tolérance et la solidarité, la démocratie et surtout
la paix qu’il considère comme la seconde religion du pays.

Très tôt, alors Député en France, il engage la lutte pour la liberté et notamment
contre le travail forcé dans les colonies. Il obtient l’abolition dudit travail forcé en 1946
par une loi qui porte son nom. Pour la Côte d’Ivoire indépendante, il opte pour un
régime libéral qui est celui de la liberté. Dans sa quête pour le bonheur de l’ivoirien,
Félix Houphouët-Boigny s’est attelé au développement économique et social du
pays. « Le développement est le nouveau nom de la paix », dit Sa Sainteté le
Pape Jean-Paul II. Aussi Félix Houphouët-Boigny, oeuvre-t-il inlassablement à la
construction de nombreuses infrastructures socioéconomiques mais aussi au
développement de cultures de rentes ou commerciales à travers des exploitations
individuelles, notamment de café, cacao, coton, palmier à huile, hévéa, etc.,
capables de créer des richesses pour relever le niveau de vie des populations.
Branché sur la paix par le développement, il crée sur le modèle des districts des
USA, les pôles de développement tels que l’ARSO (Autorité pour le développement
de la région du Sud-ouest) et l’AVB (Autorité pour le développement de la Vallée du
Bandama). Il consacre également des budgets importants de l’Etat à l’éducation et à
l’équipement. Il « déclare la paix » à tous ses détracteurs. Cependant, vers la fin
des années 1980, Félix Houphouët-Boigny engage la guerre du cacao, contre les
grandes puissances et leurs multinationales, « les spéculateurs, ces
irresponsables, responsables de nos malheurs » dit-il. Houphouët-Boigny,
planteur lui-même, engage cette guerre du fond de la brousse ivoirienne jusque dans
les tranchées du marché à terme de Londres en passant par les méandres du
négoce international. L’objectif visé est de permettre à la Côte d’Ivoire, en obtenant
un meilleur prix de vente du cacao sur le marché international, d’une part de garantir
le revenu des petits producteurs, et d’autre part d’équilibrer le budget de l’Etat, sans
recourir à l’emprunt extérieur. Il perd la guerre. Mais son « coeur est si petit qu’il n’y
a pas de place pour la haine » dit-il. Le pays reste bien intégré dans le commerce
international et respecté. Sur le plan politique, il expérimente la démocratie à la
sauce ivoirienne à partir de 1980. Avec notamment, malgré la prévalence du parti
unique, des élections régulières à candidatures libres, tous les 5 ans, des conseils
nationaux (journées de dialogue) qui lui permettent de consulter directement les
forces vives du pays sur les questions majeures touchant à la vie de la nation. Il
instaure le multipartisme en1990. Félix Houphouët-Boigny est le père fondateur de la
nation ivoirienne. Mais il intervient aussi, en bon père de famille, dans la recherche
de la paix et la gestion de nombreux conflits en Afrique. Dans son propre pays, il doit
faire face à plusieurs foyers de tension : en 1970 le Guébié s’allume lorsque s’éteint
à peine le Sanwi. En bon chef Akan, Félix Houphouët-Boigny utilise le « dialogue »
pour régler toutes ces questions en vue de préserver et consolider la cohésion
sociale et la paix. Il exclut tout règlement par la force. Farouche défenseur de la paix,
il préconise le combat pacifique et « le dialogue, l’arme des forts », notamment
avec l’Afrique du Sud pendant la lutte contre l’apartheid. Sans surprise pour
l’observateur avisé, l’UNESCO institue en son honneur, sous Federico Mayor son
Directeur Général, le prestigieux « prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche
de la paix ». Ce prix récompense chaque année des lauréats sélectionnés parmi les
personnalités qui se sont distinguées pour leurs efforts remarquables dans la
recherche de la paix. Sous le règne de Félix Houphouët-Boigny la Côte d’Ivoire
connaît une prospérité économique, une paix et un bonheur largement partagés
dans la sous-région. Conscient de la fragilité de ladite paix, il prévient son peuple :
« le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdue, faisons en sorte
que nous n’ayons jamais à le perdre, … », dit-il. La journée du 15 Novembre est
décrétée « journée nationale de la paix », et commémorée chaque année, en Côte
d’Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny meurt le 7 Décembre 1993. Il laisse en testament au peuple
et à ses futurs dirigeants deux recommandations fortes : (i) le maintient de la
stabilité et (ii) la préservation de la paix. En effet, la stabilité et la paix sont les
facteurs limitants du développement. Autrement dit, il ne sert à rien d’accroitre à
l’infini les ressources et autres facteurs du développement, tant qu’on n’aura pas
établi la stabilité et la paix, le pays ne pourra pas se développer.

2° Henri Konan Bédié et la démocratie apaisée.

A la mort de Félix Houphouët-Boigny, le 07 Décembre 1993, la Constitution est
appliquée, pour éviter l’aventure. Henri Konan Bédié, Président de l’Assemblée
Nationale, accède à la magistrature suprême, jusqu’en 1995. Il gère avec habileté, le
multipartisme et la transition démocratique. Henri Konan Bédié lance, « le progrès
pour tous et le bonheur pour chacun », avec les grands travaux et chantiers de
l’éléphant d’Afrique. En octobre 1995, Henri Konan Bédié remporte à une écrasante
majorité (95,25 %) contre une opposition fragmentée et désorganisée qui appelle au
boycott actif, la première élection présidentielle organisée après le décès de Félix
Houphouët-Boigny. Au cours de cette élection, le Chef d’Etat Major d’alors, le
Général Robert Guéi, refuse d’intervenir pour le maintien d’ordre, face au désordre
lié au boycott actif. Soupçonné de fomenter un coup d’Etat, il est déchargé de ses
fonctions, mais il est appelé au Gouvernement, dans le souci de préserver la paix. Le
boycott actif marqué par la violence et des empêchements de votes, fait de
nombreux morts. Le peuple est choqué. Les auteurs et co-auteurs identifiés et
arrêtés, sont jugés et condamnés. Mais Henri Konan Bédié appelle au pardon et à
l’oubli des offenses au nom de la cohésion sociale et de la paix. Ceux-ci sont
amnistiés et remis en liberté. Henri Konan Bédié obtient assez rapidement une
amélioration des perspectives économiques après la dévaluation du FCFA, une
diminution de l’inflation et engage des mesures pour réduire la dette extérieure. Il
crée de nombreux emplois et auto-emplois avec les fonds sociaux alloués aux jeunes
pour le financement de leurs activités génératrices de revenus. Il lance également un
vaste programme d’amélioration de l’habitat rural notamment avec un fonds spécial
« habitat rural. ». Il ouvre de nouvelles écoles et universités. Un nouveau vent de
prospérité et de paix souffle sur la Côte d’Ivoire. Dans sa quête pour la paix, Henri
Konan Bédié expérimente la démocratie apaisée en appelant tous les partis
significatifs de l’opposition à former avec lui un gouvernement d’union pour oeuvrer à
la construction nationale, tous ensembles. Certains partis saisissent cette main
tendue, d’autres non. C’est le cas du FPI de Laurent Gbagbo. Cependant, Henri
Konan Bédié maintient avec celui-ci le dialogue jusqu’au bout, pour la paix. Sans
surprise, il est aujourd’hui membre-fondateur du RHDP (Rassemblement des
Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix) qui comprend outre sa formation
politique, celles de nombreux leaders farouches opposants d’hier.

A l’initiative d’Henri Konan Bédié, la Côte d’Ivoire envoie pour la première fois, un
contingent militaire (au lieu des médecins et infirmiers) en appui aux casques blancs
constituant la Force africaine d’interposition et de paix pendant la guerre civile en
République Centrafricaine (RCA). Sous Henri Konan Bédié, le sphinx de Daoukro, la
presse indépendante connaît un boum sans précédent. C’est la liberté de la presse.
On parle du printemps de la presse en Côte d’Ivoire. Cependant, l’exacerbation des
tensions politiques et sociales par la presse de l’opposition abondante, les actes de
défiance à l’autorité de l’État posés par certains opposants, l’incarcération de
plusieurs leaders de ladite opposition politique après des marches suivies de casses,
instaurent un climat délétère qui conduit en décembre 1999 au coup d’état contre
Henri Konan Bédié par des soldats mutins (ex-casques blancs rentrés de RCA),
mécontents, manipulés par des farouches opposants politiques. Henri Konan Bédié
refuse d’user de la force pour mater la mutinerie, afin d’éviter le massacre. Il choisit
par respect de la vie et de la dignité humaine de céder le pouvoir, sans effusion de
sang. Il part en exil

3° Le général robert Guéï et le bon ton

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir, après un coup d’état militaire perpétré
par celui-ci le 24 décembre 1999. Dès lors, la Côte d’Ivoire, reconnue pour sa
stabilité politique dans la région, entre dans l’inconnu et dans l’incertitude.
L’exception ivoirienne proclamée pour sa stabilité politique et économique est
rompue ! Ce premier coup d’état militaire réussi de l’histoire laisse le peuple
profondément troublé et inquiet. Heureusement, la vie du Président Henri Konan
Bédié est épargnée. Tous les membres du gouvernement sont mis aux arrêts,
brutalisés et incarcérés. Malgré leur allégeance à Guéï, les officiers supérieurs de
l’armée subissent le même sort. L’inquiétude gagne la population. La paix sociale est
mise à mal. Le général Robert Guéi recommande le « bon ton » pour réconcilier les
ivoiriens après les fissures issues du coup d’état militaire. Cependant, des tensions
sont perceptibles dans l’armée au pouvoir entre les partisans des Leaders politiques
et ceux du Général Robert Guéï, le chef de la junte militaire. Le régime issu du
putsch est marqué durant son éphémère pouvoir (9 à10 mois) par des troubles
militaires et civils préjudiciables à la paix sociale. En effet, la période est émaillée par
des présumés coups d’états et auto-coups d’états militaires qui provoquent des
désertions pour les plus chanceux, par de nombreux soldats mis en cause dans ces
coups. Nombre d’entre eux sont passés par les armes, sans jugement. Les fausses
accusations, les brimades, persécutions et sévices sont monnaies courantes dans
les casernes. L’échec de plusieurs tentatives de coup d’État, dont celui du « cheval
blanc », contre le général Guéi, oblige les partisans des Leaders politiques au sein
de l’armée à fuir au Burkina Faso, avec beaucoup de rancoeur, de haine et la ferme
volonté de vengeance. Les postes de commandement spécialisés, PC crises, règlent
les litiges commerciaux, parfois sans discernement. Le pouvoir militaire réduit
néanmoins la criminalité et la corruption, à travers notamment l’opération « mains
propres », en usant de méthodes parfois expéditives. Il organise, en octobre 2000,
l’élection présidentielle. De nombreuses candidatures à la présidence de la
République dont celles d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara sont éliminées
par la Cour suprême. Le général Robert Guéï qui se proclame vainqueur du scrutin
est chassé par des manifestations de rues. Ces troubles se soldent par plusieurs
morts. La Cour suprême proclame les résultats définitifs et déclare vainqueur,
Laurent Gbagbo. Robert Guéï, se retranche dans son village natal dans l’ouest
montagneux avec une partie de sa garde prétorienne puissamment armée.

4° Laurent Gbagbo et la Refondation

Laurent Gbagbo s’installe au pouvoir, à la suite de son « élection calamiteuse »
selon ses propres termes, sans expérience gouvernementale, avec pour principal
slogan : la refondation de la Côte d’Ivoire. Il négocie et obtient le retour de Robert
Guéï dans la république ainsi que celui d’Henri Konan Bédié de son exil. Il organise
du 09 Octobre au 10 Décembre 2001 le « forum pour la réconciliation nationale ».
Il engage des négociations avec les principaux partis de l’opposition (PDCI, RDR);
puis il nomme un gouvernement d’union nationale le 05 Août 2002, pour pouvoir
gouverner en paix. Laurent Gbagbo doit faire face, dans la nuit du 18 au 19
septembre 2002, à une tentative sanglante de renversement par des soldats
rebelles venus dit-on du Burkina Faso. Le Général Robert Guéï est tué, ainsi que le
ministre Boga Doudou. Le pays est scindé en deux. Une crise politico-militaire
s’installe. Les accords signés pour mettre fin à la crise sont difficilement appliqués,
jusqu’à l’instauration du « dialogue direct » avec les rebelles, à l’initiative de Laurent
Gbagbo. Le Premier Ministre Guillaume SORO, issu dudit dialogue, échappe à un
attentat meurtrier à Bouaké. Dans certains milieux diplomatiques, on évoque
l’entêtement de Laurent Gbagbo, qualifié de joueur rusé: « on lui parle, il dit oui mais
n’écoute pas ». Parfois on accuse son mauvais entourage qui influence son discours
nationaliste, panafricaniste excessif et provocateur ayant un aspect messianique,
indépendamment de la portée prophétique dictée par les pasteurs évangéliques
omniprésents et influents, disposant de salles de prières aménagées au Palais.
Laurent Gbagbo, se place au dessus de la mêlée mais n’arrive pas à se démarquer
des dérives du régime de la « refondation » qui est dans l’imagerie populaire celui
de la corruption, de l’arrogance et des menaces, du favoritisme, de l’enrichissement
rapide, du règne de la terreur avec la FESCI, etc. Le bon ton a disparu. La Côte
d’Ivoire vit, l’enfer, avec la pauvreté galopante, le délestage, les escadrons de la
mort, la répression des opposants, les déchets toxiques et la dégradation constante
du climat de liberté et de paix. Les étrangers fuient le pays. La journée de la paix du
15 Novembre n’est plus célébrée. Laurent Gbagbo peut être vu comme un président
bon et généreux qui a des malheurs : il veut réaliser la refondation de son pays à
travers la démocratie et la paix, il a l’insécurité avec les coupeurs de routes, il a du
mal à organiser les élections et n’est pas prêt à en accepter les résultats; il vise la
prospérité pour son peuple, il a la pauvreté, la dégradation des infrastructures, la
guerre. Sous son règne, les ordures ménagères s’entassent partout polluant
l’environnement et créant des nuisances de toutes sortes aux populations. Les
conflits fonciers réels ou suscités tendant à exproprier les exploitants agricoles
allogènes et allochtones par des cadres autochtones ou des individus proches de
Laurent Gbagbo, dans les zones forestières, ne sont pas suffisamment traités. En
outre, malgré l’embargo sur les armes, Laurent Gbagbo choisit la paix des armes à
travers un surarmement découvert seulement pendant la crise postélectorale.
Pourquoi, a-t-il opté pour une telle paix ? On peut penser que voulant la paix, il a
préféré préparer la guerre. En somme « Si vi pacem para belum », si tu veux la paix
prépare la guerre. Laurent Gbagbo perd les élections présidentielles certifiées par
l’ONU, face à Alassane Ouattara en Novembre 2010. Il refuse sa défaite. Il tente en
vain d’engager les Forces de Défense et de Sécurité, FDS, dans la guerre civile. Il
n’en tire pas les conséquences évidentes. Il recrute des mercenaires pour résister.
C’est l’horreur ! Isolé, il s’enferme dans le bunker du palais. Après des combats
acharnés à Abidjan, Laurent Gbagbo est capturé le 11 Avril 2011. La crise
postélectorale a occasionné plus de 3 000 morts. De nombreux charniers découverts
à Abidjan, sont attribués à ses mercenaires et miliciens.

Laurent Gbagbo a montré durant ses 10 ans de règne (2000-2010), malgré la crise,
qu’il a, à la fois, toutes les qualités et tous les défauts du politicien séducteur. Ses
qualités l’ont poussé à aller constamment vers les autres leaders ses opposants
politiques, à des moments de graves crises et de tensions pour obtenir l’apaisement.
C’est tout à son honneur. Ses défauts l’ont parfois inhibé avec la ferme conviction
qu’il est, lui ivoirien pur sang, irremplaçable et l’idée d’être aimé sans condition par le
peuple qui lui voue un soutien et un attachement indéfectibles, en raison de la
pertinence de son combat pour la liberté et la souveraineté. Ainsi, il va aux élections
sans envisager de perdre. Il perd, s’accroche et part du pouvoir dans le déshonneur,
en laissant derrière lui, un pays bombardé, tout en ruine et un peuple meurtri.
Laurent Gbagbo, le Woody (le garçon, le brave), a subi aussi, il faut le reconnaître,
l’influence de sa propre culture qui considère que le grand chef est intrépide et ne
recule pas devant le péril. Il ne cède que lorsqu’il est vaincu. Il est bien pour la paix
des ménages, mais Gbagbo n’est pas prêt à accepter aussi facilement sa défaite. Il
préfère se battre pour préserver sa dignité de grand chef bété en ne quittant le
pouvoir qu’après une défaite militaire. Alassane Ouattara accède au pouvoir.
5° Alassane Ouattara, la reconstruction et la réconciliation nationale
A la sortie de la crise postélectorale, marquée par la guerre civile, le pays bombardé,
soumis au pillage et vandalisme de toutes sortes, est dévasté, en ruine, et son
économie totalement sinistrée. Tout est à reconstruire. Alassane Ouattara, qui a les
références requises (BCEAO, FMI, Premier Ministre d’Houphouët-Boigny, etc.), est
assurément le mieux placé d’entre tous pour accomplir l’immense tâche de
reconstruction du pays. Au demeurant, dès son accession à la magistrature
suprême, dans les conditions que l’on sait, Alassane Ouattara lance « la
réconciliation nationale ». La réconciliation nationale est un appel très fort à faire la
paix. Il s’agit de la paix entre nous, mais aussi de la paix en chacun de nous. Cet
appel est concrétisé par la création de la «Commission Dialogue Vérité et
Réconciliation». Il entend rassembler à nouveau les ivoiriens autour de l’idéal de
paix. Il engage ainsi le pays sur la voie de la stabilisation et de la paix. Alassane
Ouattara décide également, à travers la récente charte d’éthique adoptée par le
gouvernement, d’engager l’Etat à faire la promotion des valeurs telles que : le sens
de l’Etat et l’amour de la patrie, le respect de la dignité et de la vie humaine, la
primauté de l’intérêt général, la solidarité et la cohésion sociale, la justice et l’équité,
la responsabilité, l’intégrité et la probité, le dialogue permanent, etc. Ce sont là, des
facteurs favorisants de la paix. On reconnaitra l’arbre à ses fruits, dit-on. Nul doute
qu’Alassane Ouattara, promoteur avéré de ces valeurs facteurs de paix, saura
réinstaurer, la sécurité, la confiance et ladite paix, entre les filles et les fils du pays. A
cet égard, les nombreux conflits fonciers, entre autochtones et allogènes ou
allochtones dans les zones forestières, ainsi que les conflits agriculteurs-éleveurs
fréquents, dans la zone savanicole sont des défis majeurs à relever. Alassane
Ouattara a les atouts pour réussir la réconciliation et la reconstruction. Il porte, à cet
égard, l’espérance de tout le peuple assoiffé d’amour et de paix. Il a la confiance
dudit peuple fondée sur ses capacités intrinsèques et sa lucidité nécessaires pour ne
pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

CONCLUSION

De Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, la paix a connu des fortunes
diverses en Côte d’Ivoire. En effet, Félix Houphouët-Boigny, apôtre de la paix, a
enseigné au peuple la paix avec méthode et pédagogie. Chaque fille ou fils de la
Côte d’Ivoire, a intériorisé et s’est approprié la culture de la paix, l’amour du prochain,
le respect de la dignité et de la vie humaine. À la mort de Félix Houphouët-Boigny, le
07 Décembre 1993, Henri Konan Bédié lui succède par application de la
Constitution. Après une courte période de paix et de prospérité, le pays entre dans
une crise multiforme. Les héritiers de Félix Houphouët-Boigny se livrent une guerre
impitoyable pour le pouvoir. Le pays rentre dans une période d’instabilité,
d’incertitudes et de turbulences sociopolitiques défavorables à la paix et à la
prospérité. Réélu, en 1995, Bédié est renversé en décembre 1999 par un coup d’état
militaire, sans précédent. Le pays est commotionné et troublé. Dès lors, la paix sera
constamment mise à mal, dans une Côte d’Ivoire tourmentée, déboussolée et sans
repères. Robert Guéï, organise et perd les élections face à Laurent Gbagbo en 2000.
Il s’autoproclame élu, mais il est chassé par des manifestations de rues, marquées
par de nombreux morts. Laurent Gbagbo accède au pouvoir. Sous son règne, le
pays fait face à une rébellion et est scindé en deux de 2002 à 2010. Les élections
générales de 2005 n’ont pas lieu. Les élections présidentielles de 2010 certifiées par
l’ONU, sont suivies d’une crise postélectorale inutile qui fait plus de 3 000 morts.
Laurent Gbagbo ayant refusé de reconnaître l’élection de son rival Alassane
Ouattara. Il est capturé et chassé du pouvoir, comme Robert Guéï. Ainsi, les
successeurs de Félix Houphouët-Boigny n’ont pas son aura, sa sagesse et ses
capacités intrinsèques de règlement des conflits. Ils n’ont pas su faire face ni aux
difficultés économiques, ni aux difficultés politiques. Le pays est constamment
troublé avec de nombreux conflits. L’insécurité s’accroît, la pauvreté galope,
l’instabilité augmente, la prospérité et la paix sociale reculent inexorablement.
Aujourd’hui, le peuple a une grande opportunité avec Alassane Ouattara pour
reconquérir la stabilité, la prospérité et la paix en Côte d’Ivoire, par le dialogue, dans
l’amour, la sincérité et le respect mutuel !

ABIDJAN, LE 12 SEPTEMBRE 2011.

Par Alain Cocauthrey, Conseiller Economique et Social, Ancien Ministre

Au chapitre des perspectives, il convient que chacun agisse de façon sincère en faveur de la paix. Que l’on prenne garde des dérives de langage, de la haine aveugle et la violence gratuite. afin que chacun se retrouve mains dans la main, pour bâtir une Côte d’Ivoire stable et prospère.

 

 

 


Pendant ce temps les autres disent : « L’Afrique est notre avenir. »

Ils affirment « L’Afrique est notre avenir. », pendant ce temps, les bateaux de migrants africains continuent de sombrer au large des côtes Italiennes avec femmes et enfants.

Ils voient l’avenir en Afrique,  tandis que  celui-ci est  pratiquement insignifiant dans le commerce mondial.

L’Afrique incarne leurs espoirs, mais au même moment  ce continent demeure toujours vulnérable face aux pandémies.

Mais qui sont ces gens ? De quoi parle-t-on au juste ?

Les sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel ont présenté, un rapport sur les relations entre la France et l’Afrique. C’était le 30 Octobre 2013, et ledit rapport qui a nécessité 10 mois de labeur est intitulé « L’Afrique est notre avenir ». Le titre est évocateur, vous avez certainement pressenti qu’il s’agit d’un rapport aux accents afro-optimistes.

Depuis sa publication, j’ai parcouru les grandes lignes de ce document de 500 pages. Un rapport aussi volumineux qu’instructif. Les mutations démographiques, l’urbanisation, les défis environnementaux, les réalités économiques, la mondialisation, l’immigration, les défis sécuritaires et l’intégration sont autant de sujet abordés dans ce document. Entre constats et propositions, une idée revient sans cesse : « Il faut se départir des préventions postcoloniales et voir l’Afrique comme un élément clé de notre avenir.». Personnellement  le passage qui m’a le plus intéressé dès la découverte de rapport fut celui réservé à la jeunesse : « Une jeunesse entre espoir et révolte. » J’ai donc décidé de partagé avec vous cette séquence qui se trouve dans la partie I. du Chapitre 1, précisément dans le paragraphe C.

CHAPITRE 1 : L’AFRIQUE EN MUTATION : ENJEU MAJEUR POUR LA FRANCE ET L’EUROPE

I.              VERS UN CONTINENT DE  MILLIARDS D’HABITANTS AUX PRIORITES DE L’EUROPE

C. UNE JEUNESSE ENTRE ESPOIR ET REVOLTE

Avec près de 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans, l’Afrique possède déjà aujourd’hui la population la plus jeune du monde.

Une nouvelle Afrique qui n’aura connu ni la colonisation, ni la décolonisation est en train de naître. Ainsi au Niger, un habitant sur deux à moins de 15 ans et les personnes âgées de 60 ans et plus n’y représentent que 4% de la population.

Cette Afrique‐là qui est née avec la télévision, Internet et les mobiles ne regardera pas le monde de la même façon que les générations d’hier. Cette Afrique‐là aura de ce fait un regard différent de nos continents en voie de vieillissement. Les chiffres parlent d’eux‐mêmes. La part des jeunes de moins de 15 ans y représente 40 % de la population totale, contre 27 % dans l’ensemble de la population mondiale. La jeunesse africaine de moins de 25 ans constitue plus de 50 % de la population du continent, alors que, dans plusieurs pays d’Europe, ils ne représentent que 17% de la population.

1.    50 % des Africains ont moins de 25 ans

On pourrait ici multiplier les comparaisons. Toutes convergent pour souligner le poids et l’importance de cette jeunesse que l’on croise en masse dans les rues des capitales africaines.

jeunes

Cette jeunesse explique les besoins des pays africains en matière de formation, d’éducation et de santé. Elle détermine également les conditions d’exercice de la vie politique dans des pays où l’essentiel de l’opinion publique est composé de jeunes de moins de 25 ans. Cette jeunesse‐là, née dans les années 90, est nécessairement partagée entre tradition portée par leurs parents et la modernité véhiculée par la télévision et par Internet. Comme dans beaucoup de pays en développement, la jeunesse africaine vit de plein fouet les mutations des sociétés traditionnelles où meurt le vieil ordre alors que le nouveau ne parvient pas à éclore. Dans cet interrègne, la jeunesse est ballottée entre les croyances traditionnelles et la foi dans la technologie occidentale, entre les rites et les cyberespaces, entre le village et la ville. De nombreuses études soulignent une jeunesse en quête d’identité dans un « entre deux » qui explique des épisodes violents entre refondation identitaire et combats démocratiques. Cette jeunesse est l’avenir de l’Afrique, non seulement parce qu’elle va accroître les effectifs des forces actives en âge de travailler et de consommer, et qui constituent le moteur de la croissance économique, mais également parce qu’elle est de plus en plus éduquée. Partout, en effet, malgré les insuffisances des systèmes éducatifs, le niveau d’instruction progresse.

Depuis une dizaine d’années, des progrès considérables ont été faits en termes d’accès à l’école primaire. L’Afrique subsaharienne a enregistré les résultats les plus importants ces dix dernières années. Entre 1998 et 2009, l’effectif scolarisé a augmenté de 31% (soit 58 millions d’élèves supplémentaires). En dépit de ces résultats, 1/4 des enfants qui devraient être à l’école n’est toujours pas scolarisé. C’est désormais aux autres cycles d’enseignement qu’il faut améliorer l’accès, notamment le cycle secondaire. Seuls 34% des enfants y parviennent à l’heure actuelle malgré des progrès continus. D’après les tendances actuelles, en 2030, 59 % des 20‐24 ans auront reçu un enseignement secondaire, contre 42 % actuellement. On aura donc, pour cette tranche d’âge, 137 millions de jeunes diplômés du secondaire et 12 millions du tertiaire. Même si de graves problèmes de qualité demeurent, cette tendance créera des opportunités uniques pour le développement économique et social. Cette jeunesse est une opportunité mais aussi un défi redoutable. Elle porte l’avenir, préfigure le futur, concentre les anciens espoirs et les nouveaux défis. Elle est, selon la formule de M. Ramtane Lamamra, Commissaire pour la Paix et la Sécurité de l’Union Africaine rencontré à Addis Abéba, « un atout et un talon d’Achille ».

2.    Une opportunité mais aussi un défi redoutable

L’absorption par le marché du travail de cette jeunesse exigerait selon l’OCDE des taux de croissance de l’économie non pétrolière de l’ordre de 6 à 7 % pendant plus d’une décennie. Le maintien des taux actuels de chômage chez les jeunes, qui s’élèvent dans certains pays à 40 %, fait courir des risques très importants. Si l’Afrique ne parvient pas à créer des opportunités économiques et d’emplois suffisantes pour offrir des conditions de vie décentes à ces centaines de millions de jeunes, la cohésion sociale et la stabilité politique s’en trouveront fragilisées.

La première conséquence de cette situation est aujourd’hui l’extrême pauvreté d’une partie de la jeunesse africaine. D’après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 72 % des jeunes Africains vivent avec moins de 2 dollars (USD) par jour. Le chômage, la pauvreté qui en découle mais aussi l’élévation du niveau de formation et l’effacement des valeurs traditionnelles conduisent nombres de jeunes à se révolter contre l’autorité de leurs aînés. Comme l’a souligné devant le groupe de travail M. Maurice Enguéléguélé, Coordonnateur des Programmes IAG (Institut africain de la gouvernance), « on a vu ce processus à l’oeuvre dans le Maghreb : l’inversion des pyramides des âges, le fort taux de scolarisation couplé à celui de jeunes diplômés non ou sousemployés et un accroissement des inégalités génèrent des mouvements sociopolitiques, mais il n’est pas moins présent en Afrique subsaharienne même s’il n’a pas donné les même résultats ».

Au Sénégal, par exemple, lors de l’élection présidentielle de 2012, la mobilisation des jeunes qui s’est multipliée à Dakar et dans les centres urbains a joué un rôle important dans la défaite d’Abdoulaye Wade, sur lequel les jeunes avaient fondé leurs espoirs en 2000. Les jeunes urbains ont été les acteurs principaux de ces expressions protestataires, investissant d’une manière nouvelle l’espace public et la scène médiatique. Le collectif « Y’en a marre » (YEM) créé par un journaliste et plusieurs rappeurs, qui porte un projet de « conscientisation citoyenne » et de « remoralisation de l’espace politique », a connu un essor spectaculaire.

On a pu voir en Côte d’Ivoire, au cours de la dernière décennie, la face sombre de cette mobilisation et de son instrumentalisation possible à travers le mouvement des « Jeunes patriotes », relayant souvent des doctrines intolérantes et xénophobes. A contrario, le mouvement YEM a fait montre à plusieurs reprises d’une importante capacité de mobilisation pacifique, notamment dans ses appels à l’inscription sur les listes électorales et dans sa définition du « nouveau type de Sénégalais ».

En Afrique du sud on se souvient des «jeunes lions» héroïques qui furent les précurseurs de la démocratie et de la fin de l’apartheid. Cette capacité de rébellion s’incarne cependant dans une réalité parfois plus cruelle. Cette jeunesse en colère instrumentalisée participe aux luttes armées et contribuent à l’instabilité du continent. Rappelons‐nous dans les années quatre‐vingt des enfants‐soldats du Mozambique et de la Sierra Leone, quintessence même de la désintégration civile. Et comment ne pas remarquer la jeunesse des mouvements rebelles qui sont illustrés ces dernières années en Centrafrique, au Mali ou en RDC. En témoigne la Seleka qui vient de renverser le Président Bozizé en Centrafrique composée pour une large part de jeunes. En témoigne, au Mali, Ansar Eddine, le Mujao et Al‐Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui ont recruté, entraîné et utilisé plusieurs centaines de jeunes et d’enfants au sein de leurs forces depuis le début de l’occupation du nord du Mali, mais aussi en République démocratique du Congo, dans le Nord‐Kivu, où des milliers de garçons et filles déscolarisés ont rejoint, généralement contre leur gré, les rangs des groupes armés. Il ne s’agit pas seulement d’exemples ponctuels, mais d’un vaste mouvement qui touche la majeure partie des États africains où l’absence d’emploi des jeunes constitue désormais un des principaux risques pour la stabilité des pays.

Ainsi la Banque mondiale, dans un rapport consacré au lien entre conflits, sécurité et développement sur l’ensemble du continent, souligne à l’issue de nombreuses études de terrain qu’« une cause majeure du ralliement des jeunes à un mouvement rebelle ou un gang urbain qui revient systématiquement dans les enquêtes d’opinion est le chômage. »1. Parmi les jeunes qui rejoignent unmouvement d’insurgés, un sur deux déclare que le chômage constitue sa principale motivation. L’enrôlement des jeunes dans des mouvements rebelles conduit inévitablement à l’utilisation des enfants dans les conflits armés. Les images de ces jeunes nombreux, pauvres, désœuvrés et donc dociles, du Libéria ou du Congo, condamnés par des chefs de guerre sans merci à se faire chair à canon le temps d’une campagne militaire, sont devenues des images récurrentes d’une Afrique en déshérence. L’année 2012 marque le dixième anniversaire de l’entrée en vigueur du Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant, concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés. Mettre un terme à l’utilisation d’enfants, tant par les forces armées gouvernementales que par les groupes armés non‐étatiques, est malheureusement, encore aujourd’hui en Afrique, un défi.

3.    L’emploi des jeunes au cœur de la stabilité du continent

De leur déplacement en Afrique, les membres du groupe de travail ont retiré la conviction largement partagée que s’ils ne modernisent pas rapidement leur économie, les pays africains risquent de gaspiller l’immense potentiel qu’offre leur population jeune. Avec la forte croissance démographique de l’Afrique et la compression nécessaire du secteur public dans de nombreux pays, un secteur privé vigoureux constitue la principale source d’emplois pour les jeunes. L’incapacité de la croissance forte de cette décennie en Afrique à créer des emplois en nombre suffisant constitue de loin le plus grand obstacle auquel sont confrontés les jeunes Africains aujourd’hui. Pour maximiser l’impact sur l’emploi des jeunes d’une croissance plus vigoureuse du secteur privé et de l’économie, il faut mettre en œuvre des mesures adaptées reposant sur une bonne compréhension des problèmes que rencontrent les jeunes qui veulent trouver un emploi décent et le conserver. L’éducation, la formation professionnelle, l’université et la recherche devront faire l’objet d’une priorité massive et déterminée. L’accès à la culture, l’élargissement des opportunités personnelles, le développement des capacités collectives et leur adaptation à l’économie en découleront.

Dans de nombreux Etats africains, la crise de l’Etat va de pair avec la perte de confiance dans le capital scolaire comme garantie d’un avenir meilleur. Certes, la plupart de ces jeunes rêvent de poursuivre des études mais une complainte revient fréquemment : « plus on a de diplômes, moins on trouve de travail ».

L’inadéquation de plus en plus flagrante entre les systèmes d’enseignement et les besoins réels des économies africaines méritent d’être soulignée. L’abandon des secteurs sociaux par les bailleurs de fond dans les années 1990 fut de ce point de vue une regrettable erreur. Sur ces sujets, la France a une expertise, notamment dans le domaine des formations professionnelle et universitaire, dans une langue qu’elle partage avec une grande partie de l’Afrique. Dans ce domaine, l’AFD, notamment, soutient la mise en place de centres de formation demandés par les pouvoirs publics africains et dédiés aux secteurs productifs moteurs des économies nationales impliquant directement les branches professionnelles concernées. Il y a, à l’évidence, dans ces domaines, un intérêt partagé pour une coopération plus intense : les pays africains qui voudraient bénéficier du savoir-faire français, la France qui aimerait former des enseignants et des institutions plus enclines à regarder vers l’Hexagone. La question de la jeunesse n’est, enfin, pas seulement une question sociale ou économique, mais également une question politique. La sous‐représentation des jeunes dans toutes les instances de décision économique ou politique est frappante dans un continent dont 50 % de la population a moins de 25 ans.

Dans tous les pays dans lesquels le groupe de travail s’est rendu, la jeunesse africaine aspire à prendre sa part de responsabilité dans la vie politique. Elle rejette le statut d’immaturité sociale dans lequel elle se sent enfermée. Elle revendique sa part de gestion des affaires publiques.

La Capacité de mobilisation de la jeunesse africaine crée un nouveau contexte politique

Paradoxalement, cette jeunesse africaine cherche moins à refaire le monde qu’à y trouver sa place. Elle se méfie des utopies sans lendemain dont elle paraît se lasser. Comme l’a souligné Richard Banégas devant le groupe de travail,

« cette jeunesse aspire avant tout à être une consommatrice de la mondialisation et à se construire individuellement un parcours de réussite sociale. Bill Gates exerce sur elle plus de fascination que Che Guevara ».

Les jeunes Africains veulent gagner de l’argent, partir à l’étranger, revenir au pays, monter une entreprise, etc. Ils n’attendent pas grand‐chose de l’Etat, juste qu’il leur donne les moyens d’une réussite qui sera d’abord une trajectoire de réussite individuelle.

La disqualification de l’action de l’Etat et des idéologies politiques a par ailleurs favorisé le foisonnement religieux auprès des jeunes. Au Sénégal où l’islam a été un élément essentiel de la stabilité politique et sociale reposant sur ce qu’on a nommé le « contrat social sénégalais », qui organise depuis la période coloniale des relations de type clientéliste entre l’Etat et les grandes confréries musulmanes, on constate l’investissement nouveau par une partie de la jeunesse urbaine des confréries religieuses de l’islam soufi comme nouveaux modèles de référence et espaces de réalisation de soi. Au Mali qui est depuis l’indépendance une république laïque, l’islam malékite, traditionnellement modéré et tolérant, s’est vu concurrencé par des groupes « réformistes » wahhabites et salafistes, notamment sous l’influence de missionnaires venus du Pakistan et du Golfe. Un nombre croissant de jeunes en quête de repères et sensibles à leurs actions humanitaires et sociales, ont ainsi rejoint différents mouvements radicaux comme la secte fondamentaliste Dawa ou des organisations non gouvernementales comme le Croissant rouge qatari ou Qatar’s charity.

Une même effervescence existe en Afrique dans l’orbite des « Eglises duRéveil » pentecôtistes, avec parfois une grande similarité dans les méthodes de prédication et dans la conception de la « réalisation de soi » avec les mouvements islamistes.Au fond, la majorité des jeunes Africains des villes demande avant tout, comme leurs cousins du Maghreb, la liberté et la justice, le respect et la dignité. L’ensemble de ces processus fait de la jeunesse un élément structurant de l’avenir de l’Afrique. A l’heure où la France tente de redéfinir ses relations avec le continent, l’enjeu de demain réside précisément dans la capacité que l’on aura de renouer le dialogue avec les jeunesses africaines qui se tournent actuellement vers d’autres pays. La France doit savoir parler à cette jeunesse qui suit par ailleurs avec passion le championnat français de football. Pour beaucoup, en particulier en Afrique francophone, la France reste une référence. D’abord parce que de nombreux concitoyens y habitent, ensuite parce qu’une partie d’entre eux souhaite y étudier ou commencer leur vie professionnelle, enfin parce que notre pays reste une référence d’émancipation, de culture et des droits de l’homme. Certains, cependant, dans la jeunesse francophone, ont le sentiment d’être délaissés, voire de ne pas être payés en retour de cette polarisation vers une France en repli, à la politique d’accueil des étudiants restrictive. La France a pris le risque réel que les jeunes générations se détournent d’elle pour rejoindre de nouveaux partenaires. Notre diplomatie a depuis longtemps identifié cet enjeu. Chacun se souvient du 23e sommet Afrique‐France qui s’est tenu en 2005 à Bamako, consacré au thème de « la jeunesse africaine ». Plus que jamais ce thème reste d’actualité.

Cependant les jeunes savent bien que, depuis les indépendances, ils ont été constamment mobilisés par les pouvoirs en place à des fins de légitimation. Il faut faire très attention au message qui est délivré en réponse à ces attentes. S’en tenir aux promesses rituelles ne pourrait qu’accroître la colère qui monte et susciter des contre‐feux qui auront des effets désastreux sur l’image de la France au sud du Sahara. La meilleure réponse aux attentes de la jeunesse passe par l’éducation et l’emploi. Sur ce point la France a une longue expérience de coopération pour le développement des systèmes éducatifs africains. Alors qu’à l’origine l’accent était mis exclusivement sur l’accès à l’éducation primaire, les bailleurs de fonds soulignent aujourd’hui la nécessité devant les progrès effectués de renforcer désormais le lien entre éducation postprimaire et emploi.  Dans un contexte international placé sous l’égide de programmes mis en place par l’ONU (Éducation pour tous, Objectifs du millénaire pour le développement), les bailleurs adoptent une approche intégrée et professionnalisante de l’éducation. C’est le cas de la France dont la stratégie de coopération 2010‐2015 « Éducation, Formation et Insertion » est basée sur la promotion de deux objectifs principaux :

(i) contribuer de manière significative à la scolarisation primaire universelle et la parité filles/garçons dans l’accès à l’éducation ;

(ii) adopter une vision globale de l’éducation, de l’enseignement primaire à l’enseignement supérieur.

A travers l’AFD, la France a investi au cours des dix dernières années plus d’un milliard d’euros dans le secteur de l’éducation/formation, dont 2/3 sur le continent africain. Et dans les trois prochaines années, ses financements dans l’éducation devraient s’élever à plus de 500 millions d’euros, toujours majoritairement sur le continent africain. De même, l’AFD mène avec d’autres bailleurs de fonds de nombreuses actions en faveur de la formation professionnelle pour rapprocher les formations des besoins du marché de l’emploi. L’AFD a appuyé un peu plus de 60 projets dans une quinzaine de pays pour un montant d’environ 280 millions d’euros.

Je reconnais la justesse de cette analyse, ainsi que la pertinence des propositions. Cependant je me suis demandé à qui celui-ci profite au juste ? Je m’interroge. Car pendant que les sénateurs Français faisaient ce travail de fond, nos dirigeants n’ont encore rien fait de semblable. Avant ce rapport du sénat Français, les asiatiques en ont fait pareil. Mais pendant que les autres planifient l’avenir que font les Africains? Rien, sinon s’assoeir sur des mines d’or pour s’endetter et quémander. C’est comme si nous devions toujours laisser aux autres la responsabilité de réfléchir et de décider à notre place. Eux s’organisent, font des projections, se donnent des moyens conséquents ; pendant ce temps nous suivons le train de développement sans pouvoir influencer sa trajectoire. Il est par exemple écrit dans le rapport : « Les Chinois chassent en meute et nous devons nous réorganiser pour mieux défendre nos intérêts. ». Les mots sont forts, mais reflètent l’implacable réalité. C’est une partie de chasse, où l’Afrique demeure la proie à la merci des intérêts des puissances. Les autres s’activent pour défendre leurs intérêts, qui défendra les nôtres?

Que devons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ? Pendant qu’ils œuvrent à faire de l’Afrique leur avenir, qu’est-ce que nous pouvons et devons faire pour être des acteurs et non des objets dans celui-ci?

Réfléchissons-y sérieusement, la jeunesse davantage!